En ouvrant le dernier livre de Rufin, on constate (avec une pointe de jalousie) que cet auteur a un don : celui de passer d’un genre littéraire à un autre sans la moindre difficulté. De l’essai politique au roman historique, de la science-fiction au roman sentimental, rien ne l’arrête. Et tout semble (à quelques exceptions près) lui réussir …
Aujourd’hui, il se lance dans une nouvelle aventure : la sienne. “Un léopard sur le garrot” (titre emprunté à un vers de Léopold Sédar Senghor) raconte la place que la médecine a tenue et tient toujours dans sa vie. Il relate, en suivant le fil chronologique, son itinéraire. Celui de son enfance marquée par l’abandon de son père et son attachement décisif à son grand-père, un médecin de campagne. Son entrée ensuite dans la médecine, ses études, longues et laborieuses, ses stages épuisants et bouleversants (où il réalise entre autres des autopsies) et son orientation vers une spécialité : la neurologie. Il évoque ensuite ses années passées dans l’humanitaire avec « Médecins sans frontières » ainsi que ses premiers pas en politique et en littérature. Il fréquente tour à tour les cabinets ministériels, devint conseiller culturel, romancier, essayiste puis ambassadeur. Une vie à la Romain Gary…
Dans ce récit autobiographique, Rufin se confesse avec une pudeur, un style et une vivacité du ton qui lui est propre. Mais son récit captive surtout le lecteur, grâce aux nombreuses anecdotes cocasses dont il est émaillé. On le lit donc avec plaisir et intérêt surtout quand il s’éloigne des souvenirs intimes pour aborder les questions fondamentales concernant la médecine, la politique internationale ou le fonctionnement des O.N.G.
Quelques citations :
« A trop s’envelopper de mystère, toute chose finit par émousser l’intérêt qu’on lui porte » p. 35
« Jamais Michel n’a fait entrer dans ma vie autre chose que de l’exceptionnel du vivant, du vrai » p. 130
« La fatigue n’est pas une maladie et le repos n’est pas un traitement » p. 156
Prochaine lecture : Le théorème d’Almodovar d’Antoni Casas Ros (Gallimard)
Publié par capucineroche