Un léopard sur le Garrot de Jean-Christophe Rufin

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En ouvrant le dernier livre de Rufin, on constate (avec une pointe de jalousie) que cet auteur a un don : celui de passer d’un genre littéraire à un autre sans la moindre difficulté. De l’essai politique au roman historique, de la science-fiction au roman sentimental, rien ne l’arrête. Et tout semble (à quelques exceptions près) lui réussir …
Aujourd’hui, il se lance dans une nouvelle aventure : la sienne. “Un léopard sur le garrot” (titre emprunté à un vers de Léopold Sédar Senghor) raconte la place que la médecine a tenue et tient toujours dans sa vie. Il relate, en suivant le fil chronologique, son itinéraire. Celui de son enfance marquée par l’abandon de son père et son attachement décisif à son grand-père, un médecin de campagne. Son entrée ensuite dans la médecine, ses études, longues et laborieuses, ses stages épuisants et bouleversants (où il réalise entre autres des autopsies) et son orientation vers une spécialité : la neurologie. Il évoque ensuite ses années passées dans l’humanitaire avec « Médecins sans frontières » ainsi que ses premiers pas en politique et en littérature. Il fréquente tour à tour les cabinets ministériels, devint conseiller culturel, romancier, essayiste puis ambassadeur. Une vie à la Romain Gary…
Dans ce récit autobiographique, Rufin se confesse avec une pudeur, un style et une vivacité du ton qui lui est propre. Mais son récit captive surtout le lecteur, grâce aux nombreuses anecdotes cocasses dont il est émaillé. On le lit donc avec plaisir et intérêt surtout quand il s’éloigne des souvenirs intimes pour aborder les questions fondamentales concernant la médecine, la politique internationale ou le fonctionnement des O.N.G.

Quelques citations :

« A trop s’envelopper de mystère, toute chose finit par émousser l’intérêt qu’on lui porte » p. 35

« Jamais Michel n’a fait entrer dans ma vie autre chose que de l’exceptionnel du vivant, du vrai » p. 130

« La fatigue n’est pas une maladie et le repos n’est pas un traitement » p. 156

Prochaine lecture : Le théorème d’Almodovar d’Antoni Casas Ros (Gallimard)

2 réponses vers «Un léopard sur le Garrot de Jean-Christophe Rufin»

  1. L-m dit :

    Je viens de terminer la lecture du “Garrot…”, je l’ai lu assez facilement, d’autant que je connaissais déjà la “bio” de l”auteur, et l’auteur lui-même depuis avant qu’il ne se lance dans la fiction… J’ai trouvé l’écriture intéressante quoi que un peu coulante par endroits, un peu à l’image de Rufin dans la vraie vie.
    En tout cas, comme ta critique le dit, c’est un livre à lire, on y pénètre des sphères qui valent le coup d’être explorées.

  2. Olivier R. dit :

    Difficile de ne pas apprécier cet auteur, sans conteste brillant. Ses romans se sont suivis avec brio, seuls les deux derniers (Globalia et Le Parfum d’Adam) m’avaient moins transporté bien que son imaginaire n’était pas en reste. Mais voila, Ruffin a du sentir le souffle du léopard sur « son » garrot, aussi, pour nous faire comprendre que nous ne devions pas en rester là, il nous présente sa biographie aussi foisonnante que ses meilleurs écrits.
    J’avais, comme beaucoup d’être, la faculté de m’interroger sur les mécanismes de mon corps, sur mes viscères, mon squelette… Ruffin, lui, se pose mille questions, fait du coup médecine, et tout devient plus claire : ses craintes, ses dégoûts, ses découvertes sur le corps, ses angoisses avec les patients, ses choix vers une médecine plus proche de l’esprit malade que les soins à donner au quotidien dans les services hospitaliers, dirigés par des patrons dont la fatuité n’échappe pas à sa sagacité. Aussi, il s’oriente là où le guide son insatiable curiosité, médecins sans frontières, mais après les imbus d’eux-mêmes, il rencontre les déboires politiques, les jalousies, les coups bas, tout ce qui fait que rien n’avance sans compromis. Que fait-il alors ? Sciences po ! Et nous voila reparti vers d’autres horizons avec le même talent…Dois je vous conseiller de le lire ?

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