
Ce matin en me réveillant, je me suis dit que je ne prenais plus plaisir à alimenter mon blog.
Je me suis alors demandée d’où cela pouvait provenir et je suis arrivée à la conclusion suivante : je ne différencie pas suffisamment mon job de mon blog. Mes interventions ressemblent trop à mes chroniques de livres. Et inversement.
J’ai l’impression de me distraire en bossant ou de bosser en me distrayant. Je dis donc : stop !
Néanmoins, j’ai toujours très envie de parler de littérature… J’ai donc décidé de le faire autrement. Sans dire : « ce livre est bon, lisez-le ! » mais en vivant mes livres au jour le jour. Juste pour moi, égoïstement.
Cette envie m’a prise dans le métro, il y a deux jours. Concentrée, je récapitulais mentalement tout ce que je devais faire dans la journée sans prêter la moindre attention à mon entourage. Jusqu’au moment où une énorme bonne femme, un gâteau dégoulinant de crème pâtissière en bouche, s’installe en face de moi. Je la regarde déglutir. Et là, le premier roman de Patrice Juiff : « Frère et sœur », me revient en mémoire.
Le livre (écrit en 2003) raconte une histoire d’amour hallucinante entre un frère et une sœur. Les deux jeunes gens (deux paumés ultra-sensibles) vivaient en reclus dans une petite maison de banlieue. Lui, travaillotait ; elle, était obèse. Les pages décrivant le corps de la jeune femme me resteront à jamais gravés en mémoire. Surtout, la scène de la salle de bain…
Un jour, la jeune femme s’aperçoit en allant uriner qu’elle saigne. Intriguée, elle relève sa jupe et sent quelque chose de chaud entre ses jambes. Elle agrippe alors la petite masse gluante et se rend compte avec effroi qu’elle est entrain d’accoucher ! Elle ne s’était pas rendue compte qu’elle attendait un enfant. Effrayée, elle s’empresse de couper le cordon ombilical avec le rasoir de son frère qui traînait sur le lavabo, empaquette le nourrisson dans un lange de fortune et le cache ensuite dans un placard. Une fois débarrassée du petit, elle nettoie la salle de bain comme si de rien n’était. Son frère s’apercevra de l’infanticide quelques semaines plus tard en ouvrant le placard…
Pendant tout mon trajet (de la gare de Lyon à Saint-Lazare) j’ai alors regardé ma voisine de siège bizarrement. Mon regard était mêlé de reproche mais aussi de compassion. Agacée par mon comportement, elle a fini par changer de place. Elle a peut-être bien fait ! Faut toujours se méfier quand l’imagination se mêle au réel…
Publié par capucineroche