Chaque femme est un roman d’Alexandre Jardin

avril 20, 2008

Quoi, tu lis encore Alexandre Jardin ?! Mais, il n’est pas devenu un peu ringard avec le temps celui-là ? Il me rappelle tellement mes années lycée… Toutes les filles ne juraient que par ses romans ! Le Zèbre, Fanfan et autres Ile des gauchers… C’est drôle que tu le lises encore toi qui aimes autant la littérature… Voilà, le genre de réflexions idiotes que j’entends à chaque fois que je recommande le dernier roman d’Alexandre Jardin Chaque femme est un roman. Et franchement, cela a le don de m’agacer… D’autant plus que cet auteur a toujours su brillamment se renouveler. Ses émouvantes histoires de couples à la recherche de l’amour éternel sont bien loin derrière lui. Désormais, il fait dans… l’excentrique ! On l’a vu dernièrement avec Le Zubial et Le roman des Jardin, dans lesquels il dévoilait au grand jour les frasques improbables de ses proches. Aujourd’hui, il en remet une couche avec Chaque femme est un roman. Mais, cette fois, le sujet est encore plus près de lui… Il nous présente en effet les femmes qui ont traversé sa vie. Des créatures imprévisibles, romanesques, surprenantes, bizarres, déjantées qui concourent (chacune à leur manière) à rendre son livre complètement « foutraque », prévient-il dans le prologue. Le roman se présente alors sous forme de petites nouvelles (chaque femme à son chapitre) dans lesquels vous apercevrez sa voisine qui fait l’amour comme « on sort de la route » ; une lycéenne qui partage sa vie par procuration (elle écrit tous les moments qu’elle aimerait passer avec lui sur des bristols qu’elle colle ensuite aux murs) ; une mère qui brûle sa bibliothèque en vue de la renouveler ; et ainsi de suite.. Dans ce roman, Jardin fait une fois de plus preuve d’une incroyable gaîté et d’une totale originalité. Et peu importe de savoir si les anecdotes sont vraies ou pas. On passe un moment de lecture tellement formidable ! Ah, oui, j’oubliais : pensez à vous munir d’un stylo en lisant ce roman. Il y a quelques merveilleuses phrases à retenir…

Citations :

« A faible coefficient d’audace », p. 32
« Ce choc m’a appris qu’en amour, la liberté de l’autre est induite par notre propre regard. », p. 33
« Gavé de rêveries », p. 38
« Tout homme devrait un jour rencontrer le visage qui lui fera connaître la face inavouée de son caractère », p. 40
« Ma timidité me ligotait et me condamnait alors à une étouffante indécision », p. 44
« Ne l’oublions jamais… Un corps n’attire que s’il échappe. « Oignez, elle vous poindra ; poignez, elle vous oindra », vieux proverbe médiéval… », p. 53
« On ne retient bien que ce qu’on lâche à temps », p. 60
« La rêverie est un recours aussi efficace – et aussi vital – que la littérature. Il ne faut pas réclamer trop au réel », p. 64
etc.…

Alexandre Jardin en vidéo :
http://www.dailymotion.com/video/x4lcza_chaquefemmeestunroman_people
http://www.dailymotion.com/video/x50ceo_alexandre-jardin_news

Prochain roman : La Stratégie des antilopes de Jean Hatzfeld (Seuil)


La consolante d’Anna Gavalda (Le Dilettante)

mars 31, 2008

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Il y a des livres comme ça qui vous tombent des mains. Vous avez beau essayé de vous concentrer, rien à faire, vous ne rentrez pas dans l’histoire. Tout vous déçoit : le style, le ton, l’histoire. Alors vous luttez. Vous vous imposez un planning de lecture : ce soir, je lis un chapitre ; demain un autre et ainsi de suite… Vous êtes confiant et vous vous dites : après tout il y aura forcément du bon ! Mais cela ne vient pas. Vos bonnes résolutions finissent alors par disparaître et vous vous plongez aussitôt dans un autre bouquin ! C’est exactement ce qui m’est arrivée avec le dernier roman d’Anna Gavalda, La consolante. Et pourtant, j’étais impatiente de lire… A peine sortie en librairie, je me suis précipitée dessus. L’épaisseur de l’ouvrage ne me faisait pas peur. Quand un livre est bon, plus il est long, plus on en profite. Mais là, ce n’était pas le cas. Je n’y suis vraiment pas arrivée… Malgré toute la bonne volonté du monde. Pour moi, cet ouvrage va nulle part. Il y a trop de personnages, trop d’histoires en parallèle et pas assez de style. C’est bourré de clichés, les dialogues sont pathétiques, bref : cela ne m’a vraiment pas plu. C’est le genre d’ouvrage qu’on commence avec frénésie mais qu’on abandonne au bout de quelques chapitres sur un coin de notre table de nuit. Dommage…

Prochaine lecture : Chaque femme est un roman d’Alexandre Jardin (Grasset)


Un léopard sur le Garrot de Jean-Christophe Rufin

mars 4, 2008

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En ouvrant le dernier livre de Rufin, on constate (avec une pointe de jalousie) que cet auteur a un don : celui de passer d’un genre littéraire à un autre sans la moindre difficulté. De l’essai politique au roman historique, de la science-fiction au roman sentimental, rien ne l’arrête. Et tout semble (à quelques exceptions près) lui réussir …
Aujourd’hui, il se lance dans une nouvelle aventure : la sienne. “Un léopard sur le garrot” (titre emprunté à un vers de Léopold Sédar Senghor) raconte la place que la médecine a tenue et tient toujours dans sa vie. Il relate, en suivant le fil chronologique, son itinéraire. Celui de son enfance marquée par l’abandon de son père et son attachement décisif à son grand-père, un médecin de campagne. Son entrée ensuite dans la médecine, ses études, longues et laborieuses, ses stages épuisants et bouleversants (où il réalise entre autres des autopsies) et son orientation vers une spécialité : la neurologie. Il évoque ensuite ses années passées dans l’humanitaire avec « Médecins sans frontières » ainsi que ses premiers pas en politique et en littérature. Il fréquente tour à tour les cabinets ministériels, devint conseiller culturel, romancier, essayiste puis ambassadeur. Une vie à la Romain Gary…
Dans ce récit autobiographique, Rufin se confesse avec une pudeur, un style et une vivacité du ton qui lui est propre. Mais son récit captive surtout le lecteur, grâce aux nombreuses anecdotes cocasses dont il est émaillé. On le lit donc avec plaisir et intérêt surtout quand il s’éloigne des souvenirs intimes pour aborder les questions fondamentales concernant la médecine, la politique internationale ou le fonctionnement des O.N.G.

Quelques citations :

« A trop s’envelopper de mystère, toute chose finit par émousser l’intérêt qu’on lui porte » p. 35

« Jamais Michel n’a fait entrer dans ma vie autre chose que de l’exceptionnel du vivant, du vrai » p. 130

« La fatigue n’est pas une maladie et le repos n’est pas un traitement » p. 156

Prochaine lecture : Le théorème d’Almodovar d’Antoni Casas Ros (Gallimard)